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Le Covid 19 influence même nos humeurs

Un mois de confinement et nous ne disons pas : déjà. Plutôt : encore!! Avec des cris et des plaintes, des soupirs, y en a marre.

Un mois de plus à cultiver son jardin (pour celles et ceux qui en ont un), arracher les herbes, tailler, biner, planter, bouturer, entretenir les jardinières sur les balcons; à repeindre son intérieur, réparer des bricoles; entretenir sa voiture; faire le ménage; se plonger dans ses hobbies sans quitter son fauteuil; cuisiner et manger plus que d’ordinaire; s’aimer ou se supporter.

Un mois surtout sans relations sociales. Sans échanges avec des tiers, des gens que l’on n’aime ou que l’on n’aime pas mais qui sont différents de nous, qui ont d’autres idées, goûts, passions, envies et sont dotés de la parole, pas comme les objets ou les plantes sur lesquels nous nous rabattons.

Voilà le plus étrange.

Ceux qui étaient débordés ont tout d’un coup le temps pour eux. Au début, ils s’étirent de bonheur, comme les chats ils ronronnent, ils se prélassent, ils rêvassent, ils font des projets sans se presser, ils ont un mois au début, deux mois à présent. Au début, ils font des choses qui leur tiennent à coeur. Ils classent, rangent, nettoient, jouent avec leur conjoint lorsqu’ils sont en couple ou ont des enfants; les célibataires ne s’ennuient pas encore, eux aussi classent, rangent, nettoient, jouent avec leur écran petit ou grand. Tout le monde pérore au téléphone, on a des amis que diable. A 20 heures, on est solidaires, on sort sur les balcons, à nos fenêtres, sur les terrasses, on applaudit fort les soignants dévoués. Ils nous disent bien vite, ces soignants, qu’ils préfèrent que nous respections le confinement, ils n’en peuvent plus, trop c’est trop, il y a 800 malades en réanimation de plus que le nombre de lits disponibles, ils poussent les murs, reconvertissent des salles pour recevoir le flot des éclopés et les brancher sur un appareil respiratoire lorsqu’il en reste de disponible, les hôpitaux militaires renforcent leurs actions, un hôpital est créé ex-nihilo en rase campagne. Car la sixième puissance du monde en est là : la société de consommation nous offre tout sur les étals, tout, absolument tout, mais l’essentiel nous manque, des bouts de tissus pour masquer bouches et nez et éviter de recevoir des postillons maladifs, des formules Hydro-alcooliques pour se laver efficacement les mains dès qu’on a eu le malheur de tenir la poignée d’une porte hors de chez nous, toutes ne s’ouvrent pas automatiquement., des appareils respiratoires, des blouses pour le corps médical. Nous découvrons effarés que les masques par exemple, il ne suffit pas d’en avoir un stock, et d’ailleurs nous n’en avons pas au début, où diable les millions de masques commandés pour le SRAS 21 sont ils partis? C’est un comble, nous avons souffert d’une épidémie il y a peu de temps, nous avions des masques, pfut, sont envolés. Le pire est que c’est pareil ailleurs : en Italie, en Espagne, en Belgique, aux Etats Unis aussi on manque de tout. Pas en Allemagne, nos voisins sont organisés et prévoyants, ils n’ont pas déstructuré leur réseau hospitalier, ils ont conservé leurs équipements, ce qui ne les empêche pas de compter leurs morts, dix fois moins nombreux que dans les 3 premiers pays cités d’accord, des morts par centaines quand même.

Ceux qui étaient débordés avant le sont encore dans le confinement. Parce que c’est leur nature. Parce qu’ils ont ce qu’ils appellent « du retard » dans tout, ces gens fonctionnent selon des schémas préétablis, il faut que, ya qu’à , faut qu’on. Il faut faire le ménage et la vaisselle selon des rituels, enlever la poussière, laver, sécher, contrôler les devoirs des enfants, télé-travailler à heures régulières. Ceux-là ne vont peut-être pas déprimer. La langueur des longues journées identiques les unes aux autres ne les affaiblira pas, ils ne connaissent pas la langueur; le stress si, l’activité permanente, le tourbillon des gestes. Ils continuent finalement sur leur lancée de petits bolides, sauf qu’ils ne sortent plus, ils n’ont plus de métro ou de tramway à attraper, pas d’enfants à courir chercher à l’école, pas d’horaires de bureau à respecter. Le tourbillon qui les anime se déplace par mouvements circulaires d’une pièce à l’autre. Un autre danger les menace : l’étroitesse des appartements rend le risque de télescopage  concret. Chacun bougeant à son rythme, des collisions peuvent survenir. Et surviennent. On casse des cendriers, des vases, on renverse des tables de salon, on s’engueule pour un oui pour un rien, ça y est, on comprend Sartre, « l’enfer, c’est les autres« . On se prend à rêver de vivre seul dans ces moments là. Et dire qu’il fait si beau dehors pour tout arranger.

Les esseulés la vivent cette solitude, sans y trouver le sel qui pimenterait la vie dont rêvent leurs voisins en famille. Généralement leurs logements sont plus petits, logique, une seule chambre suffit, on est seul; quand on ne se limite pas à un studio! Là , c’est autre chose. On ne peut même pas se disputer avec l’autre, c’est pas l’enfer l’autre, c’est un être vivant, ça ferait du bien d’en avoir un en face pour parler, parler, parler. Parler c’est ce qu’ils font au téléphone. Mieux que par mail quand même, mais limité, même si on a été foutu d’installer l’application permettant de se voir en parlant.

Oui d’accord, on lit, bonheur suprême, évasion garanti. Sauf que… Les médiathèques et bibliothèques de village sont fermées. Tintin, plus aucun livre à se mettre sous la dent. Les librairies aussi, inutile de rêver acheter un roman par Internet, rien ne marche. On n’aime pas l’efficace Amazone qui livre si vite et a tout. Mais on craquerait presque. Mais voilà le Yankee est fidèle à sa réputation de méchant, il fait travailler ses employés sans aucune protection, on dirait qu’il s’en fout de les protéger, si un tombe malade dix autres postulent pour le remplacer, le travail manque, surtout pendant la pandémie, le chômage qui avait reculé reprend sa poussée vers le haut du tableau, là où le % dépasse les 8 à 10%. C’est pire dans les Etats libéraux ( suivez mon regard : Grande Bretagne, États Unis), ceux-là ne payent pas le salaire des employés, n’instaurent pas le chômage partiel à leurs frais, les patrons licencient, Trump et Johnson s’en foutent, en plus ils sont encore plus populaire dans ce foutoir. Comparaison n’est pas raison, les chômeurs contraints ne regardent pas d l’autre côté de la mer; les inactifs comptent les sous, paieront ils leur loyer?, mangeront ils à leur faim? Pour ça, des rapiéçages sont cousus faits main : on coud des masques et on les donne; on offre des denrées; on donne. Pas de livres pour celles et ceux dont le ventre est suffisamment alimenté pour ne pas les torturer. En revanche, oui, fou ce qu’on reçoit par Internet, si on a Internet. Des e-books en veux-)tu en voilà, des films, des expos, des concerts, n’en jetez plus. On ne peut quand même pas rester assis 16 heures sur 16 et allongés les 8 heures qui restent, le total fait 24, 24 très longues heures à répéter les mêmes gestes, les mêmes mots, les mêmes idées, on la nuit, on s’appauvrit, les réparties ralentissent, la langueur s’installe, on fait tout lentement, quand je dis tout, c’est pas grand chose, l’espace est limité, l’imagination le devient, on ne s’évade pas en pensée, plus maintenant, c’est trop long. Et on emmerde Pascal et Montaigne, ils vont bien ceux là avec leur voyage intérieur, ne pas bouger de chez soi pour se trouver soi même…Y a rien à voir à l’intérieur de moi, c’est sombre comme mon humeur, noir c’est noir.

C’est clair non? On a le temps. Plus l’envie. On s’étiole. On ne crée pas, on a perdu les envies, on se répète. Tiens, ce sera intéressant si ce cauchemar se termine un jour de mesurer les conséquences concrètes : combien de femmes et d’enfants violentés? Combien de divorces dès qu’on pourra foutre le camp et aller voir ailleurs? Mais aussi : combien de bébés pandémie? Espérons qu’ils auront été conçus dans le plaisir, pas pour s’occuper, espérons surtout que les gènes de déprime ne leur auront pas été transmis dès leur conception.

Allez va, ya d’la joie. La preuve, je viens d’écrire, de déverser le trop plein de mes émotions, ressentis, craintes, désirs, là, en une traite, les esprits les moins bien tournés, les corps les plus travaillés par la chose car le désir reste là en ces périodes tristes dans certains cas ou pour certaines et certains d’entrevous, bref, ceux-là diront que le texte a jailli comme….

A vous d’imaginer la suite.