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Le derrière de l’écrivain

Un journaliste télévisuel célèbre posa un jour, du ton le plus sérieux du monde, cette question au non moins célèbre auteur Dany Laferrière :

  • Quelle est la qualité première d’un écrivain?

L’académicien lui répondit sur un ton non moins sérieux :

  • Un solide derrière.

Fallait voir la tête de l’intervieweur, il se demandait si l’écrivain plaisantait ou déraillait (il parait que Laferrière était à ce moment là à court d’inspiration, c’est ce qu’il avoua sans se démonter, ce sont des choses qui arrivent). La mimique du journaliste valait point d’interrogation.

Laferrière, content de son effet, poursuivit doctement :

  • Oui, des fesses musclées si vous préférez.
  • Euh, et pourquoi cela?

J’avais remarqué que Busnel aimait bien des formules comme « Pour quelles raisons? Pourquoi cela? ». Pronostic confirmé.

  • Mais parce que l’écriture exige des heures et des heures de travail. L’écrivain reste assis derrière sa table de travail. Il revient  s’asseoir au même endroit tous les jours, c’est long d’écrire un livre. Alors il vaut mieux être doté d’un solide derrière.

Un ange passa. Pendant sa traversée du plateau, je ne fus pas le seul à penser à tous les écrivains qui alternent des activités sportives, à tout le moins physiques, entre deux séances d’écriture concentrée. Même Flaubert quittait (rarement il est vrai) sa tanière pour des séjours des promotion et de culture à Paris ou des voyages au soleil. Aujourd’hui, Ruffin revendique son plaisir de grimper dans les Alpes, de marcher, de skier. Queffelec, celui de voguer sur l’océan. Tesson, ses voyages improbables dans des pays pas possibles ou sur des chemins noirs. Moi aussi, je coupe mon temps en tranches de délices variés : l’écriture plutôt le matin, puis jardinage, et souvent une heure de VTT ou de marche ou de natation. Puis je relis ce que j’ai écrit. Et puis, il y a tous les déplacements à la rencontre du public. Tenez, demain samedi 4 juin je serai à la librairie Breithaupt à Carcassonne. Le 5, à Arzens, une vingtaine de kilomètres au nord de Carcassonne. Le 8 après midi près de Vendargues dans une radio TV.  Le 11 matin, je présenterai « Les étrangers du Val de Londres » au sein de la médiathèque de St Mathieu de Trèviers. Le 25, je lirai des extraits de ce roman de terroir ainsi que d' »Une forme de joie », dans le cadre poétique d’un jardin de Claret. Etc, etc

Finalement, il n’a pas tort, Laferrière, c’est sportif d’écrire!