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Lire dans un jardin, le pied

Le cadre était bucolique. Imaginez en gros plan le vieux village de Claret,  sur la route de Saint Mathieu de Tréviers à Corconne et Quissac. Nous sommes encore dans l’Hérault mais si proches du Gard que les épisodes cévenols qui viennent de ravager Corconne, Nimes, Sommières (etc) ont touché aussi Claret, moins sévèrement c’est tout. De superbes falaises claires surplombent le village. Elles n’appartiennent ni au  Pic Saint Loup ni à l’Hortus. La crête de Taillade est certes moins haute mais tout aussi belle et moins connue qu’eux. Ce n’est pas un hasard si les vieilles maisons et la cave coopérative et la mairie, j’en passe, sont construites en pierres « de pays », claires et solides.

Maintenant, utilisons le zoom avant et grossissons l’image. Juste après la cave part, sur la droite , un chemin conduisant au mas de Farjou. C’est au numéro 95 que j’avais rendez vous pour lire mes textes sous un chêne centenaire. Il se trouve à l’un des rares endroits de ce jardin qui ne soit pas planté de plantes méditerranéennes. Ça sent bon et c’est beau, quelle que soit la saison, je dirais presque par tous les temps.

Presque.

Hier, samedi 25 septembre 2021, le ciel était gris. Nous avons pris place sous le chêne, moi au centre, une quinzaine de personnes attentives étaient assises en demi-cercle tout autour, leur chaise de couleur rouge assortie à celle de la pergola tranchait sur la verdure environnante..Pas un bruit. Je présentai « Les étrangers du Val de Londres », j’expliquai ce qu’est le Val de Londres et comment l’idée de ce roman historique m’était venue, sa gestation, les 3 années passées à étudier des livres, des revues, des archives privées et publiques, à rencontrer des nonagénaires. J’en finirai à peine de ma péroraison quand boum ba da boum, l’orage éclata, des goutteletes d’abord, vite, protéger les livres, ramasser les papiers que le vent qui venait de se lever dispersait d’ une chiquenette, puis une averse serrée trempa les feuilles et les gens, à peine s’ils eurent le temps de s’engouffrer dans la maison.

C’est là que je terminai avec « UNE FORME DE JOIE », mon roman sur la joie, ça tombait bien!

Le public était attentif, riait ou s’émouvait selon les passages, c’était un plaisir de partager avec lui. Dans l’échange qui suivit, les questions fusèrent. Le point le plus « sensible » de l’histoire locale fut abordée : l’abbé Soulas avait-il bien ou mal agi? Une dame se souvenait assez vaguement avoir lu qu’il avait en quelque sorte « vendu » les orphelins qu’il logeait aux Matelles avant d’arrêter l’exploitation agricole. Un livre décrivait leurs effroyables conditions de travail et d’hébergement. Je n’eux aucun mal à expliquer que le Père n’y était pour rien, il n’avait rien vendu du tout, en tout cas aucun document le prouvant ne nous a été légué. À mon avis parce que cela n’a pas existé. Ce n’était pas le genre de cet abbé, dévoué au possible, à la tête de plusieurs oeuvres caritatives envers les malades, les faibles, les enfants, les détenus. Il n’y était pour rien dans l’enfer de Montolobre, il ne pouvait pas deviner, en autorisant le transfert des enfants dans ce site au dessus de Vailhauques, que le riche marquis qui l’avait sollicité allait les exploiter sauvagement. Je sais que Marie Rouanet, que je respecte, a écrit le contraire. Mais ce n’est pas la réalité. Montlobre et l’Abbé Soulas n’avaient pas partie liée.

Après, plusieurs participants s élevèrent à tour de rôle pour lire des poèmes de leur cru. C’était chaleureux, émouvant, grandiose!