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nouvelles et romans

Depuis mon adolescence, j’écris. A cette époque déjà ancienne, ce n’était pas des nouvelles, encore moins des romans. Juste des récits, des portraits de gens rencontrés au hasard de mes pérégrinations, ou d’amis ou parents, des impressions ressenties en regardant des paysages, en allant aux spectacles, encore que j’y allais peu, très peu durant mes études- manque de temps, il fallait bosser dur; manque d’argent aussi. Évidemment, je n’ai jamais envisagé de regrouper mes textes pour les proposer à une quelconque publication. Ils n’étaient pas suffisamment « travaillés » si j’ose employer ce verbe pour décrire le cheminement de l’écriture, c’était juste le plaisir de garder une trace de moments de vie; aucun « thème » commun non plus, pas d’ossature. D’ailleurs, « verba volant, scripta manent » disaient les Latins, dans mon cas, « scripta volant », ces feuillets ont disparu, je les ai jetés ou brûlés au fil de mes déménagements successifs; surtout parce que je ne leur trouvais pas d’intérêt et parce que les écrits autres que professionnels me paraissaient  intimes, l’éducation que j’avais reçue ne me prédisposait pas à sortir de moi ce que je ressentais.

Le premier contact que j’ai eu avec un éditeur fut professionnel. Le dirigeant de l’entreprise très ancienne qui m’employait a décidé d’en faire écrire l’histoire. Cela supposait de retrouver les archives disséminées de Castelnaudary jusqu’au fond de la Lozère, d’Alès à Perpignan, Narbonne, Carcassonne, sans oublier Nîmes, Béziers et Montpellier, la curieuse boutique avait des ramifications partout. À l’origine, je ne devais pas écrire ; seulement diriger les personnes en charge des recherches; de  l’inventaire, ce qui supposait de lire les textes de délibérations et maints autres écrits; de croiser histoire locale et nationale; de dresser un plan, c’était un livre historique; d’écrire enfin dans un style clair, sans lyrisme ni excès d’aucune sorte. Il se trouve que le chef d’entreprise n’a pas apprécié l’écriture du rédacteur désigné et que j’ai dû m’y coller. Ce travail a avalé trois années de ma vie professionnelle, et un peu personnelle, l’écriture débordait sur le temps libre. Les historiens, les représentants de l’éditeur Privat et autres membres du comité de lecture ont périodiquement validé les chapitres. Le livre est sorti dans les années 2004-2005. Il a été distribué aux membres du personnel et aux administrateurs. Aujourd’hui encore, il arrive qu’on me le demande lors des salons de livres ou de dédicaces; je n’en ai aucun stock, je conseille de cliquer sur le terrible « Amazone », il a tout, des exemplaires de ce livre aussi!

Lorsque je me suis mis à écrire de façon plus assidue,  j’ai commencé par des nouvelles. Des histoires courtes, de 4 à 20 pages selon l’inspiration. Des histoires que mon imaginaire allait dénicher je ne sais où, jamais de récits autobiographiques, volontairement je veux dire mais je n’ exclus pas que l’inconscient va chercher parfois des impressions cachées au fond de moi, peut-être mélange-t-il les choses?…Ces textes courts non plus, je n’ai pas envisagé de les soumettre à publication; encore moins à les auto-éditer; je n’étais jamais sûr de leur qualité, ça continue d’ailleurs, je doute toujours mais j’avance. Le hasard a fait les choses à ma place. Internet est bien commode, on y trouve des « concours de nouvelles », c’est impersonnel, les membres du jury ne connaissent pas mon nom, d’ailleurs le nom n’apparaît pas sur les copies qu’ils évaluent, les concours sont anonymes. J’ai envoyé des textes à quelques uns. Pour voir. Sans me mouiller, c’était une façon assez neutre de tester les réactions. A ma grande surprise, mon premier texte a été sélectionné. Mieux que ça, l’organisateur a soumis tous les écrits au vote du public; le mien a été apprécié par un grand nombre, il s’est retrouvé finaliste, bref j’ai fait 4 heures de route pour me retrouver dans un cénacle auquel j’étais étranger. J’en suis ressorti avec un prix purement honorifique, mais enrichi de rencontres. En particulier celles d’une maison d’édition régionale qui m’a demandé d’autres textes. C’est ainsi qu’a été édité mon premier recueil : « Contes Solaires« .

Au fil des ans, je me suis enhardi; j’ai fini par me coller au roman; je n’étais pas très fier de partir à l’aveugle, une feuille blanche devant moi, un mur nu en face de mon bureau. Rien, pas le début du commencement d’une histoire. Mon stylo a glissé sur la feuille; des personnages inconnus sont nés; j’ai pris plaisir à les faire vivre, à camper leurs personnalités, à croquer leurs portraits, à dérouler des fragments de vies dont j’étais le maître…C’était difficile au début, de conserver les prénoms et les noms sans les modifier en cours d’histoire; difficile de surmonter ma peur de n’aboutir qu’à un tas d’inepties; inimaginable de voir que la fin approchait; inconcevable, à la relecture, de constater qu’une trame était née et que, derrière ces vies imaginaires, il y avait une portée, un sens, une idée. Selon moi.

Aujourd’hui, c’est le roman qui me passionne; J’ai davantage le temps de dire des choses, d’inventer des situations, de vagabonder.

Pourquoi ai-je néanmoins continué à écrire quelques nouvelles?

D’abord parce qu’entre deux romans, entre le moment où celui qui est terminé et dont je suis satisfait cherche un éditeur- Pamuk écrit qu’il a passé deux ans à écrire son premier roman et quatre à trouver son éditeur- j’ai du temps mais pas assez d’énergie pour me lancer dans l’écriture au long court. L’imaginaire est là pourtant, qui invente des situations, des personnes, des aventures. Alors j’écris un texte court.

Récemment, le hasard m’a fait rencontrer un ancien collègue; la relation  remontait à mes débuts dans la vie active; je venais d’entrer, avec le titre pompeux d' » ingénieur commercial » dans une société informatique internationale; lui venait d’en sortir; je ne l’avais pas rencontré, par conséquent; mais des relations communes avaient parlé de l’un à l’autre et vice versa. Aussi, lorsqu’un premier salon nous a mis en présence, ce fut un plaisir de faire connaissance. Qu’il m’invite à envoyer un texte à un concours de nouvelles m’a étonné, j’ignorais qu’il avait cette corde à son arc; que ce concours soit centré sur une île dont j’ignorais tout était un obstacle facile à surmonter, il suffisait d’inventer une histoire imprégnée de la culture locale dont quelques ouvrages ou sites m’auraient appris les rudiments. J’ai écrit des feuillets; j’ai eu le plaisir de situer tout ça dans cet univers typé, j’ai aimé l’exercice; le plus difficile finalement était de condenser trop d’idées, trop de vie en …4 petites pages. Eh bien, lorsque mes 11 pages furent réduits à 4, j’ai été surpris de constater que c’était mieux! A mon avis, bien entendu.

Celui du jury sera peut-être différent; moi, je garderai ce texte, quelle que soit la sélection finale. Je la connaîtrai le dimanche 19 mai, sur le stand de la librairie Joseph Gibert, lors de la Comédie du livre, en plein centre de Montpellier. Cela se passera à 11h30, vous êtes invités. La matinée, je rendrai visite à mon éditeur, les éditions du Mont, qui vendront « Désert intérieur », mon dernier roman, mais aussi des « Contes d’ici et d’ailleurs » et autres « Rondes poétiques » écrits par les enfants des deux continents réunis par l’association Ponteranga que j’ai l’honneur de présider. L’après midi, je tiendrai un stand au jeune salon du livre de Clapiers, la vie est belle!