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Reprise progressive…

Je ne fais décidément pas partie de ceux qui ignorent le virus. Croient-ils qu’en retour, il va les ignorer? La bête tapie ne connait pas la politesse. Elle rafle celles et ceux qu’elle rencontre sur son passage sans faire de différence entre jeunes et vieux, enfants et handicapés, bons et méchants. Où que nous logions. Maisons de retraites, châteaux forts, appartements luxueux protégés par des codes à chaque entrée, propriétés ceintes de hauts murs autant qu’immeubles déglingués dans les cités pourries. Ronsart l’avait écrit à propos des rois :

 » …et que même les Rois

ne peuvent de la mort éviter la puissance« . (« Les hymnes, il nous faut tous mourir »).

Cela m’a conduit à me terrer.

C’est douloureux : aucune vie sociale, aucune rencontre, pas d’échanges, zéro spectacle, pas la moindre exposition, pièce de théâtre, spectacle de danse ni le plus court concerto, rien qui élève l’âme. Les plus endurcis languissent ou s’énervent.

Certes, «  le petit poisson et le pêcheur » nous ont prévenu :

« Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras :

L’un est sûr, l’autre ne l’est pas (Lafontaine, contes, p 164).

Mais qu’il est dur de ronger son frein!

Alors nous faisons des projets. À quelle échéance? Qui peut prédire quand disparaitra le risque de mourir en recevant des gouttelettes contaminées? Personne. Ce virus n’est pas connu. Ses variants, nombreux. Leur dangerosité, de jour en jour accru.

J’avais initialement envisagé, en tremblant, quelques dédicaces éloignées :

  • samedi 5 juin matin à Carcassonne, librairie Breithaupt
  • dimanche 6 juin, salon Les estivales de Malapère, Arzens (11)
  • samedi 15 mai, 11H, Bédarieux, librairie Joie de connaître
  • samedi 27 mars, 10h, Carcassonne, librairie Breithaupt en rattrapage de la séance annulée en octobre 2020.

Mais je suis comme tout le monde : ce climat délétère me perturbe; la peur s’insinue, paralyse, trouble le sommeil; les échanges manquent; la créativité s’érode…relativement car je termine un nouveau manuscrit ( en fait, il est fini dans sa seconde version; il me reste, si je puis dire il me reste, à lire, relire, corriger…et refaire, réécrire des passages trop lourds dont la musique ne me convainc pas, je suis très tenté de passer mes 275 pages dactylographiées au style indirect ce qui ne sera pas une petite affaire). Non, le principal est le manque. D’avis, d’échanges, de dialogues. À force de rester seul ou dans une solitude à deux, on tourne en rond.

Surtout que, et je ne le reproche certainement pas à nos gouvernants qui courent après le virus et s’échinent à parer les coups pour nous protéger, jusqu’à la semaine dernière la vaccination était un mirage. Il y avait si peu de doses que des priorités avaient été définies. Normal que des priorités protègent les plus exposés ou les plus faibles. Anormal qu’il y ait si peu de doses. Je ne peux m’empêcher de reprocher à nos groupes pharmaceutiques d’avoir exporté les savoir-faire, délocalisé les productions, réduit les investissements en recherche et développement. Constater qu’un pays comme la Russie – dont le Produit Intérieur Brut ne dépasse pas celui de la Suisse (donc très en deçà du PIB Français)  a toujours investi dans l’éducation et la recherche (et l’armée) au détriment du niveau de vie de sa population- a conçu un vaccin et pas la France….est une tache à notre orgueil patriotique. Plus qu’une tache, c’est un drame puisque l’absence de vaccin a provoqué la mort de milliers de concitoyens. Il est vrai aussi que nous vivons en démocratie. Nous autres Français n’aurions jamais accepté d’être, comme les Russes, privés de tout. Leur nationalisme et leur nihilisme naturel ( j’en ai une idée après toutes les années passées à étudier leurs langue et littérature), leur habitude d’obéir au doigt et à l’oeil au tsar de chaque époque- impériale, communiste, illibérale- leur servitude depuis des siècles, très peu pour nous. Seulement voilà, dans un Etat capitaliste et libre, les entreprises sont guidées uniquement par la recherche du profit. Elles l’engrangent en délocalisant. De Gaulle que nous avons chassé (je n’étais pas en âge de voter et  imagine que j’aurais participé à la curée, nous n’aimons pas être trop longtemps dirigé par le même homme, c’est aussi une de nos caractéristiques) aurait-il mis des limites? Peut-être, cela entrait dans sa philosophie de gouvernement, son idée de la France. Nostalgie. Serait-elle un autre effet du confinement qui ne dirait pas son nom?

Mais rien n’est jamais joué d’avance. « Tout remue et chante, chante et prend plaisir » tente de nous persuader Paul Éluard. Parole d’un poète optimiste, un homme qui croyait à des idéaux, il avait risqué sa vie pour eux, les lendemains chanteraient, selon lui. Dur à croire en ce qui concerne la pandémie.

Et pourtant. Brutalement, la perspective s’inverse.

Cela s’est passé hier. Jusqu’à hier, impossible d’accéder à la vaccination. D’abord et sans doute faute au manque de doses, les règles m’excluaient du bénéfice d’une vaccination rapide. Je n’étais pas assez (ou n’avait pas été suffisamment) malade. En un sens, tant mieux, d’ailleurs, Lafontaine encore lui nous l’enseigne :

« Il ne se faut jamais moquer des misérables,

Car qui peut s’assurer d’être toujours heureux? »

Je n’étais pas suffisamment malade, super! Et aucune envie d’être considéré comme tel, il est délicieux de tourner cette page.

Cela n’a d’ailleurs pas été nécessaire. Des stocks avaient-ils été livrés? Des règles assouplies? Le cardiologue qui cherche l’origine des anomalies détectées dans les multiples examens qu’il m’impose me fit une attestation. Un sésame qui, accompagné, de l’ordonnance de la kyrielle de médicaments quotidiens, m’ouvrit le jour même accès à la vaccination dans un hôpital public.

Encore fallait-il en trouver un approvisionné. C’est là qu’un second miracle se produisit. Deux dans la même journée, Éluard avait donc raison. Un ami cher mais que je vois trop rarement me fixe rendez vous hier donc. Nous parlons de nos passions communes, présentes et passées. En me raccompagnant à la voiture, Jean me demande si je suis vacciné. Je lui explique l’impasse dans laquelle je me trouve : je suis autorisé à l’être mais le site doctolib qui centralise les inscriptions est saturé. Il me propose de lui envoyer un sms précisant mes noms, date de naissance, pathologies. Sur ce, je le quitte. Deux heures plus tard, une bénévole oeuvrant dans un  hôpital public m’appelle. Je me pince pour y croire. Un rendez vous est proposé 3 heures plus tard. Je bâcle la visite en cours et roule, pare choc contre pare choc vers cette ville peu éloignée mais dont l’accès est terriblement embouteillé. Je ferai près de 3 heures de route, je me rongerai les sangs de peur d’arriver en retard, sachant que les hôpitaux ferment aux alentours de 17H, mais j’y arriverai à temps, serai vacciné en 1/2 heure de temps, admirerai la logistique bien rodé (accueil poli, nominatif, prise de température, nettoyage des mains, inscription, contrôles, médecin, piqure, délai d’observation en salle d’attente) et rentrerai chez moi fatigué mais soulagé! Seconde dose dans un mois, cette fois je prévoirai plus de temps pour la route!

Du coup, mon esprit se libère, je respire mieux. Oui, bien sûr, l’épaule gauche est douloureuse le lendemain et je me sens fatigué. Mais ça passe. Et je suis en partie protégé.

De quoi espérer maintenir les dates ci dessus.

Du coup, j’en rajoute deux :

  • vendredi 12 mars vers 16h, je participerai à une émission de Tv et parlerai de mes 8 livres. Muriel m’a contacté. Par quel miracle, je ne sais? Myriam m’interviewera, de façon libre, pas de question écrite à l’avance, spontanéité recherchée. Moi qui suis peu habile sur les « réseaux sociaux », moi qui n’ouvre « Messenger » que rarement, c’est par ce canal que Tv web loves sistres et www.radiolovesisters.fr m’ont proposé un témoignage. Ce serait diffusé dans le mois qui suit. J’irais pas trop rassuré, je suis peu habitué au direct sur un plateau télé, la spontanéité un micro à la main est tout sauf acquise et l’intitulé « love sisters  » pose plus de questions que n’apporte d’éclairage. Mais j’irai, pour le plaisir du partage.
  • vendredi 19 mars à 19H15, je contribuerai à animer une conférence d’une demi-heure auprès d’un aimable club d’amoureux du Pic Saint Loup qu’intéresse mon roman de terroir « Les étrangers du Val de Londres ».

Pas magique, ce revirement?