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Si Flaubert vivait de nos jours…

Je viens de lire la correspondance de Gustave Flaubert. Pas toute,  il écrivait beaucoup, cet homme. 800 pages sélectionnées par Bernard Masson. Il donne un aperçu ce que fut la période comprise entre 1821, sa naissance, et 1880, sa mort (subite, d’une hémorragie cérébrale, à 59 ans).

Ce bourreau de travail a écrit très jeune, dès les années 1837 (« Mémoires d’un fou », sur ses états d’âme). Crise nerveuse (sans doute épileptique pendant 10 ans à partir de 1843, il a 22 ans) ; il abandonne ses études de droit pour cette raison et choisit l’écriture. Son sujet principal dans ses lettres : son Art, ses lectures, les 10 heures par jour qu’il consacre à l’écriture, la genèse de ses romans, l’accueil de la critique. Madame Bovary sort en 1856, il est acquitté à un procès pour scandale. Salambo, 1862; L’éducation sentimentale, 1864.; histoire d’un coeur simple, 1875 . Bouvard et Pécuchet restera inachevé. Sujet périphérique : ses rencontres avec des auteurs contemporains, les salons littéraires, les relations avec éditeurs et journalistes. Il nous parle aussi de la période qu’il traverse : la « révolution » de 1848, la commune de 1870, le second empire, et il dévoile ses opinions. Et bien sûr, ses amours, ses amis, ses difficultés financières. Ses opinions philosophiques.

Je me demande ce que serait la vie de Flaubert s’il vivait de nos jours.

La première chose qui me vient à l’esprit est que les générations futures ne le sauraient pas, pour la bonne et simple raison qu’il n’aurait pas écrit tant de lettres (qui restent) mais des e-mails (que l’on efface). Elles ignoreraient donc ses petits secrets et contradictions;  ses relations de courtisan avec la princesse Mathilde et son cousin, Napoléon III; ses amitiés, parfois intéressées, avec journalistes et auteurs; la genèse de ses romans; la souffrance et le plaisir de l’écriture etc.

Allons plus avant et imaginons sur chaque thème ce qu’il aurait dit, aurait fait?

L’AMOUR. Avant 40 ans, il en parle beaucoup. Il a longtemps une relation suivie avec Louise Colet, sans accepter de vivre avec elle, ni même, je crois, l’inviter à Croisset. Hypocritement, il écrit « Pourquoi n’ai-je pas eu de maîtresses? Pourquoi prêchais-je la chasteté? » En fait, il allait souvent au bordel, à Paris et à l’étranger. S’il vivait de nos jours, lui qui ne me parait pas timide, se serait-il abonné aux sites de rencontres? Je le crois. Toujours à ses heures, en préservant sa chère liberté.

ARGENT. Il en a toujours eu, sans travailler. Son père était chirurgien-chef de l’Hôtel Dieu de Rouen. C’est son père qui a acheté Croisset où Flaubert a vécu toute sa vie, avec sa mère. Lui qui a acheté la ferme de Deville. Grâce à son argent, Flaubert  a pu acheter un appartement à Paris et y passer 3 mois par an afin de se faire voir, obtenir des articles, rencontrer les gens influents, auteurs, gens de pouvoir etc…Vivrait-il aussi confortablement de son héritage aujourd’hui? Je n’en suis pas sûr du tout. La vie est chère, les logements hors de prix, et l’agriculture ne rapporte pas comme autrefois; la ferme de Deville n’aurait pas le même rapport. Tel qu’on le voit dans sa correspondance, il n’aurait pas la capacité de prendre des risques, sur des actions par exemple, ce serait plutôt le genre à laisser son argent sur des fonds en euros et des livrets réglementés, pas de quoi vivre sans travailler, paraître dans les réceptions du Second Empire, aller au spectacle lors de ses séjours parisiens etc.

Puisqu’il a toujours eu des sous, comment s’étonner qu’il aime l’argent et ne veuille pas en manquer. Il écrit à sa nièce adorée (p 454) « j’aimerais mieux te voir épouser un épicier millionnaire qu’un grand homme indigent » Car le grand homme aurait, outre sa misère, des brutalités et des tyrannies à te rendre folle ou idiote de souffrances » P 508 « Non, je n’ai pas ce qui s’appelle des soucis d’argent « . Flaubert n’a jamais travaillé. Il a fallu que la mari de sa nièce fasse de bien mauvaises affaires et soit acculé à la faillite pour que Flaubert vende sa ferme de Deville et souffre de pauvreté relative et de dépression. Il  a ce genre de soucis en 1879 et finit par accepter une « sinécure », il devient conservateur-adjoint à la Mazarine, rien à faire et 3000 francs d’appointements  qu’il rendra quand il pourra, écrit-il p 732 Cette solution de dernier recours serait-elle envisageable en 2021? Peut-être finalement, Matzneff  a bien eu une telle bourse aussi longtemps que ses gouts pervers et pratiques manipulatrices sur des enfants, garçons comme filles, n’ont pas été dévoilés. Peut-être, mais pas sûr du tout, la démocratie s’accompagne tout de même de beaucoup de contrôles et les médias puissants savent dénoncer haut et fort les anomalies. Finalement, je crois que Flaubert n’aurait pu vivre en se consacrant à 100% à l’écriture, il aurait fallu qu’il travaille. Il n’aurait pas aimé.

L’ART : Flaubert n’a vécu que par l’art- si l’on excepte ses plaisirs sexuels, ses voyages, ses relations amicales, les deux derniers cités étant souvent en lien avec ses projets littéraires. Ainsi écrit il par exemple : – P59 « Le seul moyen de n’être pas malheureux, c’est de t’enfermer dans l’Art et de compter pour rien tout le reste. J’ai dit à la vie pratique un irrévocable adieu. Je ne regrette ni la richesse ni l’amour, ni la chair » -63 « La lassitude de l’existence ne nous pèse pas quand nous composons »-

Autre sujet artistique : il prêchait  que :« Chercher le succès, c’est se gâter à plaisir; et chercher la gloire, c’est peut être se perdre complètement »(p 87 ) « Si votre oeuvre d’art est bonne, si elle est vraie, elle aura sa place, dans 6 mois, dans 6 ans- ou après vous. Qu’importe » (p180)  Ces convictions me paraissent datées; je veux dire par là que le monde moderne les a atomisées : nous vivons à une heure où le marketing s’impose aussi pour les auteurs; les éditeurs cherchent des plumes , oui, mais aussi des plumes à tête médiatique, ils éditent à renfort de publicité des tas de comédiens, de chanteurs, de sportifs dont le style n’est pas la préoccupation première, encore moins la qualité principale; les éditeurs aiment propulser sur la scène médiatique des rappeurs à succès, jeunes de préférence parce que la jeunesse attire et aussi parce qu’un jeune arbre a plus de chances de donner d’autres fruits qu’un vieux. Exemple : « Petit pays », « demandé » par une éditrice venu écouter un chanteur qui n’avait jamais écrit une ligne, éditrice qui a guidé pas à pas son récit. 

Une troisième conviction le guidait, qui me semble également moins « bankable » de nos jours. Il écrivait : « La passion ne fait pas les vers. Et plus vous serez personnel, plus vous serez faible » 185. «  Il ne faut pas s’écrire. L’artiste doit être dans l’oeuvre comme Dieu dans sa création, invisible et tout puissant; qu’on le sente partout, mais qu’on ne le voie pas » 324. P 501 : «  un romancier n’a pas le droit d’exprimer son émotion sur quoi que ce soit. Est-ce que le bon Dieu l’a jamais dite, son opinion? Voilà pourquoi j’ai pas mal de choses qui m’étouffent, que je voudrais cacher et que je ravale. Le 1er venu est plus intéressant que moi  parce qu’il est plus général et par conséquent plus typique. » J’ai l’impression du contraire aujourd’hui. Dans « Soumission », Houellebecq surfe sur la peur de l’immigration, pour ne citer que cet exemple, il y en a plein d’autres. Le public aujourd’hui réclame ce genre de parti-pris, de thèmes d’actualité.

En revanche, qui pourrait contredire Flaubert lorsqu’il assène :« On peut juger de la bonté d’un livre à la vigueur des coups de poings qu’il vous a donnés et à la longueur de temps qu’il faut ensuite pour en revenir » 240 « Je recherche par dessus tout la Beauté «  665)

Le plus frappant, le concernant, est SA RELIGION DU STYLE. Il affirme :« Ce qui me semble le plus haut dans l’Art (et le plus difficile), ce n’est ni de faire rire, ni de faire pleurer, ni de vous mettre en rut ou en fureur, mais d’agir à la façon de la nature, c’est à dire de faire rêver « (257). Un livre sans histoire, un livre qui ne tient que par le style, cela ne me parait plus d’actualité du tout. Le monde moderne, l’ouverture sur le monde, la vitesse à laquelle circule l’information, l’abondance des reportages, tout nous tient en haleine par l’intrigue, l’action, non? Madame Bovary et Salambo sont des oeuvres languissantes, l’état mental qui se dégrade de Madame Bovary est d’ailleurs le sujet principal si je me souviens bien; le texte m’avait ennuyé, aucune envie de m’y replonger. Salambô est peut-être pire. Bouvard et Pécuchet, inachevé, encore bien pire dans un genre moins écrit.

La vie « La vie est une chose tellement hideuse que le seul moyen de la supporter, c’est de l’éviter »écrit-il p 335. Sur ce point, j’ai du mal à croire en sa sincérité. Flaubert a clairement pris plaisir à voyager, à avoir des relations amoureuses et sexuelles, à vivre tranquille le plus souvent mais aussi à aller  plusieurs mois à Paris, pas seulement pour son activité littéraire (contacts, salons, éditeurs, journalistes, amis), aussi pour aller aux spectacles qu’il commente abondamment.

LE BONHEUR « est dans l’idée, pas ailleurs » (64) . « Le bonheur est un usurier qui, pour 1/4 d’heure de joie qu’il vous prête, vous fait payer toute une cargaison d’infortunes ». « Le fond de ma croyance, c’est de n’en avoir aucune »p 89. « Je me suis volontairement refusé à l’amour, au bonheur. À 21 ans, j’ai manqué mourir d’une maladie nerveuse, à force de veilles, d’irritations, de colères. Elle m’a duré 10 ans. J’en suis sorti expérimenté sur un tas de choses que j’avais à peine effleurés dans la vie »327 « La Muse, si revêche qu’elle soit, donne moins de chagrins que la Femme! » J’ai l’intuition qu’il est sincère sur ce point et qu’il revivrait cette vie-là s’il était notre contemporain, ce serait le genre à ne pas avoir la télé, à ne pas écouter la radio….sauf pour les émissions littéraires je crois.

DOULEUR «  la douleur est un plaisir, on jouit de pleurer. Mais l’âme s’y dissout, l’esprit se fond dans les larmes, la souffrance devient une habitude et une manière de voir la vie qui la rend intolérable » 379. « Le seul moyen de guérir, c’est de considérer être guéri « (390). P 414 : pour sortir de votre douleur, « sortez de votre vie habituelle, voyagez, allez à Paris, ou, mieux encore, dans un pays chaud; le soleil détend les nerfs est assainit le coeur ». Sur ce point aussi, je le crois sincère. C’est sa personnalité, pas de raison qu’il en change s’in revenait parmi nous.

L’ÉCRITURE : « Que je rêve comme un chien plutôt que de hâter d’une seconde une phrase qui n’est pas mûre. » (142). « Ce qui me semble beau, c’est un livre sur rien, un livre sans attache extérieure, qui se tiendrait de lui-même par la force interne de son style, comme la terre sans être soutenue en l’air, un livre qui n’aurait presque pas de sujet ou du moins où le sujet serait presque invisible »… »le style est à lui seul une manière absolue de voir les choses » (156). 544 : « On ne choisit pas ses sujets » Salambo (écrit de 1857 à 1862!)est un succès, l’éducation sentimentale, un échec ( 636). Veiller à la progression d’effets (726) «  Quand c’est l’auteur qui parle, pourquoi parlez vous comme vos personnages? » 727. FLAUBERT LIT A HAUTE VOIX SES TEXTES A SES AMIS : p 735 « cette lecture, faite à haute voix, demandera plusieurs jours ». Sur ce thème, je crains que revenir en 2021 ne serait pas un retour gagnant. Qui lit aujourd’hui un roman « qui se tiendrait de lui-même par la force interne de son style,  un livre qui n’aurait presque pas de sujet ou du moins où le sujet serait presque invisible ».Personne  ou presque.

ENCOURAGEMENTS « Ah! Il faut être né enragé pour faire de la littérature! Comme on est soutenu! Comme on est encouragé! Comme on est récompensé! » p 405. Ah! ça n’a pas changé. Les auteurs font vivre toute la chaîne littéraire, mais ils sont tantôt adulés si leurs livres, tantôt méprisés, rabaissés, les éditeurs les refusent sans prendre de gant ni donner d’indication, les libraires font la moue en les envoyant débarquer, leurs livres sous le bras, ils n’hésitent pas à exiger des commissions faramineuses, genre 35 voire 40%, les journalistes ne les lisent pas…

LECTURE « Lisez les maîtres profondément, pour vous en pénétrer, et peu à peu vous sentirez tous les nuages qui sont en vous se dissoudre. Vous vous aimerez davantage, parce que vous contiendrez en votre esprit plus de choses » p 329. Je crois qu’il avait raison, je suis certain qu’il se cultiverait pareillement. Les bienfaits de ses lectures, je les crois très vraies. Elles le nourrissaient, elles le souriraient, elles nourrissent. Il aurait simplement beaucoup plus de livres à lire , il en sort tellement chaque année!

LENTEUR « Je travaille de 1 heure de l’après midi à 1 heure de l’après-minuit ( sauf de 6 à 8) » 181 «  J’en aurais pour 15 grandes journées à revoir toute ma première partie…Il faut faire les choses lentement. Découvrir à toutes les phrases des mots à changer, des consonances à enlever » 191 « La Bovary marche à pas de tortue, 60 pages = 3 ou 4 mois »(200). « j’ai encore 3 ou 4 corrections, infiniment minimes, mais qui me demanderont toute l’autre semaine » (275) Sur ce sujet, je doute qu’il maintiendrait ce rythme lent, le monde tourne vraiment très très vite aujourd’hui.

« C’est une délicieuse chose que d’écrire!, que de ne plus être soi, mais de circuler dans toute la création dont on parle. Aujourd’hui, homme et femme tout ensemble, amant et maîtresse à la fois, je me suis promené à cheval dans une forêt, par un après midi d’automne, sous des feuilles jaunes, et j’étais les chevaux, les feuilles, le vent, les paroles qu’ils se disaient et le soleil rouge… »(p 271). Je partage cette opinion. Sûr  du bien fondé de ce qu’il affirme.

« Je suis plein de doutes. Sur l’histoire, sur le Plan général.Je crois qu’il y a trop de troupiers (SALAMBO). C’est l’histoire, je le sais bien. Mais si un roman est aussi embêtant qu’un bouquin scientifique, bonsoir, il n’y a plus d’art. » 404

MALADIE cf bonheur + p 459 « Mes jours se passent solitairement d’une manière sombre et ardue. C’est à force de travail que j’arrive à faire taire ma mélancolie native. Mais le vieux fond reparait souvent que personne ne connait, la plaie profonde toujours cachée. »

MAUPASSANT : p 746 «  Maupassant a beaucoup, mais beaucoup de talent! » Mais il  écrit à Maupassant : « il faut travailler plus. Vous êtes né pour faire des vers, faites en. Tout le reste est vain, à commencer par votre santé et vos plaisirs » Pour un artiste, il faut tout sacrifier à l’Art. » alors que Maupassant passe beaucoup de temps avec les dames. Il le traite comme son fils.

MILIEU LITTERAIRE plusieurs lettres à des amis critiquent le milieu littéraire. Mais Flaubert y a un appartement et y passe plusieurs mois par an, il visite les salons, rencontre auteurs et critiques, éditeurs et journalistes! Il critique Sainte Beuve puis lui écris très aimablement! Car Flaubert vit à Paris environ 3 mois par an, dans un appartement qu’il prend à Paris dès 1856. Il est l’ami des Goncourt (qu’il appelle ses Bichons), Baudelaire, Taine, Michelet, Tourgueniev (qui vit en partie en Russie, en partie à Paris), Victor Hugo qu’il appelle son « Grand Crocodile », Zola qu’il admire sans aimer le naturalisme. La légion d’honneur lui est attribuée grâce à l’intervention de la princesse Mathilde, cousine de l’empereur. Sur ce point, il ne changerait rien car rien n’a changé, il ferait de même.

IMPORTANCE DU PLAN : « Tout dépend de la conception » 201. « Je fais des recherches etc. Alors, je ruminerai mon plan qui est fait et je m’y mettrai » 347 « Je viens de relire mon plan » (547). Ça, c’est un choix. Il y a des auteurs qui en font, d’autres pas. il continuerait à en faire, je n’en doute pas.

POLITIQUE Peu présente dans ses oeuvres mais elle apparait dans les lettres à partir de 1870, quand la France va mal. Il apparait comme un héritier très éloigné de l’égalitarisme républicain, une sorte de bonapartiste élitiste : « Depuis le 10 septembre 1870, je suis lieutenant de ma compagnie » 587 « Je hais la démocratie ..La Commune réhabilite les assassins, on pille les hôtels des riches, non parce que ce sont de mauvais riches, parce qu’ils sont riches » 587 « La seule chose raisonnable, c’est un gouvernement de mandarins..Le peuple est un éternel mineur et il sera toujours au dernier rang puisqu’il est le nombre, la masse…Notre salut est dans une aristocratie légitime » 594 «  Je vaux bien 20 électeurs de Croisset!. L’argent, l’esprit, la race même doivent être comptés. » 680 « dédain pour les bourgeois »RELIGION p 450 «  Chaque religion, et chaque philosophie, a prétendu avoir Dieu à elle, toiser l’info et connaître la recette du bonheur. Quel orgueil! Je vois au contraire que le plus grands génies et les plus grandes oeuvres n’ont jamais conclu, Homère, Shakespeare… »

POLYCARPE, son patron. Saint Polycarpe apparaît pour la première fois dans la correspondance de Flaubert dans une lettre à Louise Colet du dimanche et lundi 21 et 22 août 1853 : « Saint Polycarpe avait coutume de répéter, en se bouchant les oreilles et s’enfuyant du lieu où il était : “Dans quel siècle, mon Dieu ! m’avez-vous fait naître !” Je deviens comme saint Polycarpe »

SEXE : surtout dans les premières lettres où il est question de « vit », de prostituées, de bordel..

Proust a écrit sur la correspondance de Flaubert : « Ce qui étonne chez un tel maître, c’est la médiocrité de sa correspondance. Il nous est impossible d’y reconnaitre les idées d’un cerveau de premier ordre » Je dirais, comme un normand qu’il était : je partage et ne partage pas cet avis. Je le partage dans ce sens que Flaubert écrit ses lettres avec spontanéité, en faisant peu de cas de son sacré style et de son positionnement social. Je ne partage pas le jugement sévère de Proust justement parce que les lettres de Flaubert nous le présentent tel qu’il était dans la vie, dans la société, pas seulement comme il voulait paraître en tant qu’auteur à succès, car il a eu du succès de son vivant. Et ça me plaît. Finalement, c’est, à mon goût, son meilleur livre, j’ai un peu honte de le dire. La Correspondance ne me fait pas aimer le personnage; elle me fait apprécier son engagement littéraire, sa flamme, ses recherches : sur ce point, chapeau bas, cher Maître!