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Voyage et littérature, voyage en littérature

Je viens d’assister à la projection sur grand écran du film « Népal, par delà les nuages » d’Eric Vatti. j’ai écouté le réalisateur le commenter et en débattre avec Sylvain Tesson, auteur-voyageur. une tristesse curieusement teintée d’émotions positives s’est emparée de moi, cela vient de se passer au 23eme festival international du film aventures et découvertes » de Val d’Isere, je ne l’aurais jamais connu si, par hasard, je n’y étais pas allé skier cette semaine là.

Pourquoi tristesse, pourquoi émotions positives?

Tristesse de constater que la vie au Népal ne s’est pas améliorée depuis 40 ans, surtout en haute montagne au dessus de 2500 mètres. Même rudesse des marches  à pied, des cols incroyables suivis de pentes casse -cou. Même impétuosité des torrents. Risques identiques d’éboulements, d’avalanches, de franchissement des cours d’eau. je crois pouvoir comparer parce que j’y ai marché un mois entier, seul, sans sherpa, au début des années 80, c’est un souvenir incroyablement vivace en moi. la principale différence entre mon vécu et les images du film est que les Népalais sont plus ou moins chaussés alors que ceux que je croisai marchaient pieds nus.

Emotions positives néanmoins, je les ressens sous l’influence croisée des sourires et de la sérénité népalaise.

Une question me taraude, j’y suis allé, d’autres y vont aujourd’hui parce que le Népal a conservé des montagnes magnifiques dans leur jus. Est-ce éthique ?

Un vrai dilemme!

D’un côté mes voyages ont rapporté quelques sous aux montagnards qui m’ont nourri (peu, ils n’avaient rien sauf du riz sans beurre) et hébergé ( sur une planche en bois) à chacune de mes étapes, tout allait dans leurs poches, je n’avais pas pris d’agence.

D’un autre côté, c’était peu, il aurait fallu organiser un voyage solidaire, financer une construction utile en passant par une association sérieuse hors de contrôle d’Autorites corrompues, gigantesque chantier, mon épouse et moi en avons fondé une en Casamance en 2007, dans la brousse démunie, www.ponteranga.com , c’est tout sauf facile au quotidien. Revers de la médaille : depuis 12 ans,  nos séjours sénégalais sont consacrés aux actions à mener pour scolariser les enfants, les nourrir, aider les femmes d’un GIE à maraîcher, accompagner des orphelins ( pour faire court, ils ont parfois des familles dans un autre pays pour des questions, de sécurité souvent, qui échappent à la compréhension des Occidentaux que nous sommes), il nous reste peu de temps à consacrer à nos loisirs, spécialement la visite de beaux sites naturels.

Reste une autre voie, elle n’enrichit pas la corruption, elle n’aide pas non plus les populations. La voie littéraire, écrire pour partager un univers, le mien, situer des intrigues romanesques dans des pays que j’ai visités peu ou prou, elle feront naître, qui sait, des vocations parmi les lectrices, les lecteurs, et me permettront de prolonger un voyage, voire de rêver d’un voyage que je n’aurais pas accompli…Sans  Nicolas BOUVIER, qui m’a appris «  de l’usage du monde », c’est le titre de son livre, aurais-je eu le goût des découvertes? Ce Suisse de 20 ans est parti un beau jour dans une minuscule voiture italienne-, Topolino je crois mais ma mémoire enjolive peut-être le nom de ce modèle en tout cas c’est le nom que je lui conserve, il me plait- a rencontré les populations du bout du monde jusqu’en Afghanistan, au Pakistan, en Iran…, il a retranscrit ses émotions, ses rencontres, avant de revenir sagement au pays épouser sa promise, au grand dam de ses ex futurs beaux parents austères ; une de ses phrases résonne toujours dans mon cerveau, quelque chose comme : « en sortant de ma voiture couchette au petit matin, j’ai déplié mon corps et aperçu un renard à travers la brume qui recouvrait ce coin de campagne iranienne; j’ai vécu  un grand bonheur simple, sans rien ni personne d’autre que lui et moi ». Dans la même veine, Alexandra David Neel , sur la route de Lhassa alors coupée du monde, donnera une belle définition de la curiosité : » j’ai toujours voulu aller voir au bout du chemin ». Moi aussi, toutes proportions gardées. Je me reconnais mieux dans ces motivations du voyage que dans celle que donnait hier Sylvain Tesson en interviewant un skieur extrême parti descendre un 5000 mètres au Pakistan, il disait que cet exploit visait à combattre l’ennui, c’est une bonne motivation selon lui, je ne partage pas cet avis, je ne m’ennuie jamais, comment peut on s’ennuyer alors qu’il y a tant a vivre, a voir, tant de gens à rencontrer? A moins qu’ il ne parle d’un désespoir intime, d’une dépression invisible aux yeux des autres? Ou du défi à la mort? Il est vrai que j’ai la grande chance de ne pas avoir connu la dépression; frôler la mort, si, et franchement je préfère d’autres fréquentations, en tout cas je ne provoquerai pas celle la.

Voyage et littérature donc, voyage en littérature. Mon dernier roman «  Désert Intérieur » plonge dans la Roumanie de Ceaucescu que j’ai connue de près, puis au sud du Sénégal, idem, enfin sur une île suédoise au large de Stockholm. L’avant dernier «  Vérités dérobées « sème ses intrigues en Belgique, France, Russie et dans deux pays africains que j’ai inventés pour l’occasion, la Valuanie et l’Oumanga. Le prochain à paraître comportera aussi ce volet aventures, à suivre.